Les acteurs de l’économie de demain

Review du Paris Economic Forum : Les perspectives économiques pour bien aborder 2026

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Dans un contexte mondial marqué par une croissance économique ralentie, des tensions géopolitiques accrues et une accélération sans précédent des ruptures technologiques, l’Europe se trouve à un carrefour stratégique décisif. La transition climatique impose des contraintes impératives, tandis que l’intelligence artificielle redéfinit les fondements mêmes de la productivité, de la compétitivité et du contrat social. Face à des concurrents globaux – États-Unis et Chine en tête – qui mobilisent massivement ressources publiques et privées au service d’une ambition industrielle assumée, l’Union européenne doit impérativement dépasser ses hésitations historiques en matière de politique industrielle et de règles de concurrence. La Review du Paris Economic Forum ne se limite pas à un état des lieux : elle formule des recommandations opérationnelles concrètes visant à transformer les défis actuels en leviers de leadership durable. Au cœur de cette réflexion : l’innovation stratégique comme condition sine qua non de la résilience et de la souveraineté européenne.

Le policy-mix de l'Innovation : Les leçons de Philippe Aghion

L’intervention inaugurale de Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d’économie en 2025 et pionnier de la théorie de la croissance endogène, pose les fondations d’une approche équilibrée et prospective. M. Aghion met en évidence la nécessité d’harmoniser les objectifs de croissance économique avec les impératifs de décarbonation, en rejetant toute opposition artificielle entre ces deux piliers. Il rappelle que des mesures purement récessives ne constituent pas une stratégie viable. À titre d’illustration, il souligne que durant le confinement de 2020, le PIB français s’est effondré de 35 % alors que les émissions de CO₂ n’ont reculé que de 8 %, prouvant la nécessité d'une croissance fondée sur l'innovation de rupture dans les domaines des énergies zéro-carbone, de l’efficacité énergétique et de la géo-ingénierie.Pour opérationnaliser cette vision, il préconise un cadre politique intégré associant un signal prix sous la forme d’un prix du carbone élevé, stable et prévisible sur plusieurs décennies, un soutien public massif et ciblé dans la R&D et le déploiement industriel, sur le modèle de l’agence américaine ARPA-E, ainsi qu’une réforme de la concurrence. Dans les secteurs stratégiques tels que l’hydrogène, le nucléaire de 4e génération et la capture du carbone, Aghion appelle à subordonner temporairement la concurrence pure aux impératifs de sécurité d’approvisionnement et de leadership industriel.Cependant, l’économiste pointe du doigt les limites de l’orthodoxie européenne en matière de règles de concurrence, qui ont historiquement freiné les interventions sectorielles ciblées. Cela a conduit à des politiques fiscales carbone isolées, générant des tensions sociales notables, comme en témoigne la crise des gilets jaunes. Il est donc impératif de réviser ce paradigme dans les secteurs stratégiques tels que l’hydrogène, le stockage d’énergie, la capture de carbone et les réacteurs nucléaires de quatrième génération.

L'IA comme rupture paradigmatique

L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans les débats du forum, en tant que catalyseur potentiel de croissance significative. Selon les projections de M. Aghion, l’IA pourrait contribuer à une augmentation annuelle de 0,7 point de PIB sur une décennie, sous réserve d’une gestion proactive et équilibrée. Contrairement aux analyses plus prudentes émises par des pairs tels que Daron Acemoglu, qui perçoivent l’IA comme une simple extension des technologies d’automatisation, M. Aghion la qualifie de rupture paradigmatique. Pour la première fois dans l’histoire économique, une technologie accélère non seulement la production de biens et de services, mais aussi la génération d’idées innovantes, en permettant des recombinaisons de connaissances existantes à une échelle et une vitesse inaccessibles à l’intelligence humaine.Cependant, l'Europe fait face à des risques de capture monopolistique, les acteurs américains contrôlant plus de 85 % du cloud mondial et Nvidia dominant 90 % du marché des processeurs graphiques (GPU). Cette domination pourrait inhiber l’innovation dynamique, similairement au ralentissement observé après l’essor initial d’internet.Les recommandations incluent l'imposition de l'open-source sur les modèles fondamentaux, l'extension du Digital Markets Act à l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA, et le lancement d'un programme européen de puissance de calcul souveraine, doté de centaines de milliers de GPU.Sur le plan social et du marché du travail, l’impact net de l’IA est anticipé comme positif, grâce à des effets en cascade sur la productivité et la compétitivité. Cependant, cela nécessite l’adoption d’un modèle de flexisécurité inspiré du système danois, combinant des allocations chômage généreuses (indemnisation élevée à 90 % du salaire net), des programmes de formation continue intensifs et des mécanismes d’aide à la mobilité professionnelle.

Souveraineté numérique et capital humain

La souveraineté technologique et le nouveau contrat social sont intrinsèquement liés. La portée transversale du forum est particulièrement notable, avec une intégration de l’IA dans une multitude de secteurs. Stéphane Pallez (FDJ) plaide pour des solutions cloud hybrides et un patriotisme économique favorisant les startups européennes. Simon Bunel estime à 250 milliards d’euros les flux financiers s'écoulant annuellement vers les géants américains du numérique. Mathieu Caron (Euronext) souligne le paradoxe de l’épargne européenne : 11 000 milliards d’euros dorment sur des livrets alors que le continent manque de capitaux pour les "scale-ups" (4 milliards d'euros levés annuellement en Europe contre 46 milliards aux États-Unis pour la Deeptech). Il recommande une accélération des introductions en bourse pour permettre un scaling illimité des entreprises innovantes.Pour absorber le choc de l'IA, le forum préconise le modèle danois de flexisécurité : indemnisation élevée (90 % du salaire net) couplée à une formation intensive et un accompagnement vers le retour à l'emploi. Laurence Devillers, professeure à Sorbonne Université et experte en éthique de l’IA, insiste sur la nécessité de démystifier cette technologie et sur la valorisation de l’expérience des seniors pour éviter un clivage générationnel productif.Dans le secteur du tourisme, Shaikha Nasser Al Nowais (UN Tourism) et Adam Oubuih (Atout France) illustrent comment l’IA peut atténuer le surtourisme et préserver les écosystèmes fragiles tout en générant de la valeur économique.

Compétitivité verte et nouveaux moteurs de croissance

La compétitivité verte représente un axe d’optimisme structuré, démontrant comment les contraintes environnementales peuvent se muer en avantages concurrentiels durables. La transition environnementale est présentée comme un levier de performance selon le modèle « E3 » chez Nexans : Économie, Engagement, Environnement. Elyette Roux (Nexans) illustre cette transformation par le déploiement d’usines automatisées dans les régions industrielles françaises en reconversion. Bris Rocher intègre cette durabilité au cœur de la stratégie d'Yves Rocher (130 millions d'arbres plantés), tandis que Mathieu Flamini (GF Biochemicals) démontre la rentabilité immédiate de la chimie verte biosourcée.Enfin, les territoires réinventent la croissance via le digital. Thierry Gadou (VusionGroup) illustre comment la digitalisation du commerce de proximité (micro-caméras, IA) crée des hubs technologiques ruraux performants. Dorothée Dayraut-Jullian (Mobilians) met en avant des plateformes intégrées pour une mobilité fluide.L'OCDE, par la voix de Rafal Kierzenkowski, identifie quatre forces disruptives majeures : révolution technologique, vieillissement démographique, transition climatique et géoéconomie. Le « miracle argentin » de discipline budgétaire sous Javier Milei (inflation ramenée de 25 % mensuel à 1,8 %) est cité comme une leçon de pragmatisme fiscal.Malgré ces avancées, des défis structurels subsistent, notamment un excès de centralisation administrative entravant les initiatives locales.En conclusion, le forum livre un diagnostic clair : l'Europe dispose des talents et des actifs, mais elle doit renforcer sa capacité d’exécution. Qu'il s'agisse des drones stratégiques analysés par Henri Seydoux (Parrot) ou de l'ère des humanoïdes décrite par Guillaume Grallet, le continent doit agir sans délai pour ne pas subir un déclassement définitif. Ce forum ne se limite pas à un exercice analytique ; il constitue un cadre d’action collectif, promouvant l’unité européenne, des investissements ciblés et une audace stratégique renouvelée. Dans un environnement mondial en pleine mutation, l’Europe a l’opportunité de consolider son modèle économique et social – à condition de mobiliser ses ressources sans délai.

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